LES CHATS PERCHES DE SAINT CIRQ: lettre ouverte d'un habitant

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lettre ouverte d'un habitant

Mesdames, Messieurs,


Veuillez pardonner cette rédaction un peu tardive, mais comme certains le savent j’ai subi une opération de l’épaule droite qui m’a provisoirement diminué et qui surtout me rendait extrêmement difficile toute utilisation de la main droite. De plus cet imprévu médical m’a obligé à m’absenter plus que je ne le désirais de Saint-Cirq, m’interdisant une connaissance directe des événements. Maintenant que je commence à retrouver progressivement mon autonomie et que j’ai confirmé mes informations par différentes sources, je reviens vers mon clavier pour ajouter ma participation à vos réflexions et partager mes sentiments.


Je vais prendre comme point de départ le communiqué de Daniel PLISSON, disponible en date du 22 août sur le blog des « Chats Perchés » et que vous devez connaitre, tous les autres points en découlent naturellement.

Je peux déjà préciser que je comprends l’indignation et le bouleversement qui ont saisi Daniel lors du Conseil Municipal du 13 août faisant suite à la visite du Président de la République dans notre village. Toutefois je ne suis nullement étonné du traitement qui fut réservé contre Pierre DUFOUR par notre Sénateur-Maire : chacun savait que la présence du dernier conseiller de l’ancienne opposition n’était en aucun cas voulue et que ce n’est que pour « calmer » les partisans de celui-ci que certaines fonctions lui avaient été accordées du bout des doigts. L’autorité de la commune voulait neutraliser Pierre depuis le début du mandat et espérait que sa présence au Conseil permettrait d’obtenir une forme d’ « opposition calmée » à défaut de la contrôler. Notre Sénateur-Maire a maintenant facilement trouvé dans cet épisode médiatique le motif d’annihiler l’action de Pierre au sein du Conseil en l’accablant de surcroit : Pierre se trouve désormais définitivement interdit de fonction, mais risque également de se trouver privé de parole. Sans doute qu’une lacune administrative doit expliquer qu’il ne fut pas dans la foulée « destitué » pour quelques fautes républicaines comme « manquement à son devoir de neutralité en tant que conseillé » et « de refus de cohésion municipale lors d’un événement officiel à retentissement national »...Le priver de repas n’était-il pas suffisant ?

Il est vrai que l’on peut, et je m’en excuse auprès de Pierre que j’apprécie même si nous ne partageons pas toujours les mêmes opinions, s’interroger à postériori sur la démarche qui fut la sienne dans le cadre d’un tel événement, non sur le fond mais dans sa forme. Peut-être eut-il été plus avisé de laisser les différents collectifs présents s’impliquer directement dans les manifestations de leurs revendications et, au titre de son appartenance au conseil, rester non en retrait mais dans une posture moins participative afin de pouvoir s’approcher au plus près de l’autorité suprême pour tenter d’attirer plus efficacement son attention sur les attentes de cette partie des citoyens… Mais je n’étais pas là pour en parler légitimement aujourd’hui et je dois éventuellement être encore habité d’un reste d’utopie pour croire qu’être conseiller de la commune visitée autorise à passer certains barrages…

Ceci étant, l’on peut à fortiori s’interroger sur le mépris, l’agressivité, les anathèmes, les condamnations, venant avec virulences de plusieurs personnes du Conseil. Certes elles ont, semble-t-il, suivi leur chef, mais unanimement et sans retenues pour certaines de ces furies. J’avoue regretter fortement l’attitude passivement conciliante des autres membres du Conseil lors de cette curée, auraient-ils tous oublié les valeurs de démocratie et de république qu’ils sont censés représenter ? Plus graves sont les attitudes de personnes extérieures au Conseil qui n’ont pas su exprimer leur désapprobation sans agressivités pouvant parfois se confondre avec des menaces ! J’avoue également regretter mon absence lors de cette séance, j’aurai aimé savoir qui avait proféré certaines critiques ou utilisé certains mots comme « délinquant » et je me serais certainement offert le droit de rappeler différentes réalités à nos élus.

Comment fallait-il que la visite présidentielle se passe pour être satisfaisante ? Aurait-on dû interdire, jusqu’à les expulser manu-militari, toutes manifestations dissonantes directes ou indirectes sur l’ensemble du territoire ? A l’entrée du cortège dans notre cité, les cloches auraient-elles dû résonner à toutes volées jusque dans la vallée comme pour annoncer l’arrivée du sauveur ? Aurait-on dû couvrir de pétales de roses le trajet des augustes pas, orner les façades de multicolores guirlandes à ses initiales et couvrir les arbres de fanions tricolores ? Les citoyens-manants auraient-ils dû humblement se prosterner en signe d’allégeance en espérant un toucher royal les guérissant de leurs écrouelles ou leur accordant une exonération ? Nos représentants devaient-ils, Maire en tête, offrir les clefs de Saint-Cirq au monarque, en implorant un paraphe sur le livre communal, tandis que Pierre se serait présenté la corde au cou devant son juge pour être lavé de ses pêchés politiques ?
Pardonnez-moi, je devance les prochaines représentations médiévales, pourtant certaines de ces idées auraient facilement pu être mises en application par notre dynamique équipe municipale et les personnels de la commune, cela se faisait encore dans nos campagnes sous la IIIe république… mais nous sommes sous la Ve république et notre Sénateur-Maire ne devrait pas être sans savoir que depuis l’avènement de cette constitution il ne fut pas un déplacement présidentiel sans quelques manifestations ou revendications, même sous le Général De Gaulle, ou François Mitterrand qui correspond plus à sa sensibilité, y compris à leurs heures les plus favorables ! Sans doute avons-nous devancé notre Premier Ministre déclarant avec force : "à gauche, quand on est des militants, jamais on ne siffle…".

Mais qu’est-il en faits reproché à Pierre ? Une attitude, des gestes, des propos, qui auraient été déplacés, indélicats, insultants, antirépublicains ? A-t-il mis en doute les compétences ou la légitimité de quiconque ? A-t-il directement manifesté un reproche ou une hostilité à notre Président, à son gouvernement, ou à l’encontre de leur politique ? A-t-il crié à la dissolution du gouvernement, à la démission du Président, ou à celle de notre Sénateur-Maire ? A-t-il arboré, suprême provocation, un badge ou une pancarte « tout sauf Hollande » ? Non, rien de tout cela ne fut fait à ma connaissance, ni par Pierre ni par les différents collectifs représentés ou d’autres personnes. Tous ont seulement utilisé leur droit à manifester pacifiquement leurs opinions en démocratie. Alors quoi ? Quelle est la cause des virulences municipales à l’encontre de Pierre ? Notre Sénateur-Maire se serait-il fait taper sur les doigts par ses supérieurs hiérarchiques ? Ou, voulant être plus royaliste que le Roi, il réprime par lui-même de sa propre initiative pour satisfaire au-delà des demandes ?

De ce qui me fut rapporté, et de ce que j’ai difficilement pu trouver sur les divers médias ou sites d’informations, il n’y eut comme slogans que des bannières et affichettes dont les plus violentes étaient marquées « PAS DE TOURISME RURAL SANS HABITANTS » « PAS DE TOURISME SANS TERROIRES VIVANTS »… Quelle infamie ! Quel outrage ! Quel crime de lèse-majesté ! Je comprends que Monsieur le Maire, les services d’ordre et ceux de la sécurité, se soient empressés d’essayer de faire disparaitre des injonctions aussi insoutenables ! Il n’y avait pourtant pas de quoi fouetter un chat (si je puis dire puisque ceux-ci n’étaient, selon mes sources, même pas partie prenante de ces actions)…

Certes ces propos ouvertement affichés par certaines personnes peuvent sembler en désaccord avec la grande politique de développement menée par notre Conseil Municipal sous l’impulsion vigoureuse de notre Sénateur-Maire, mais n’est-il pas abrupt de les considérer comme un refus systématique ou une opposition définitive ? Que les esprits sensibles qui interprètent ainsi ce qui s’est passé autour de la présence de notre Président soient moins vindicatifs face aux différences d’opinions : souhaiter qu’il persiste une vie communale avec des habitants et un développement du territoire dans ses particularités vivantes, n’est pas incompatible avec l’accueil du tourisme et l’acceptation de l’économie engendrée par nos visiteurs. Que ces mêmes esprits susceptibles se rassurent face aux impressions possiblement laissées : il y eut aussi des spectateurs venus accueillir cordialement la visite présidentielle, il y eut bien sûr les partisans de la majorité municipale, et il y eut également de fervents supporters de notre Président qui se manifestèrent. Quant aux plus craintifs de ces esprits, sachez que tous les échos peu ou prou officiels furent positifs !
Ceci étant, doit-on pour autant, les uns comme les autres, se réjouir pour nos raisons respectives sans plus de réflexions ? Certes les « pro-mairie » ont échappé à un étalage direct des polémiques liées à la nouvelle Mairie, l’Office du tourisme, les logements communaux, le gîte d’étape, la politique sociale. Certes les « autres » sont tout de même parvenus à se faire entrevoir même si leur message ne fut pas perçu en son entier. Mais que restera-t-il finalement de cet événement, quelle image sera-t-elle conservée, et surtout quel avenir commun voulons-nous ? Car, n'en déplaise aux uns comme aux autres, il s'agit bien de cela : de notre futur que nous devrons soit partager, soit subir, et pas seulement le temps d’une saison ou d’un mandat électoral.

Or quelle politique est actuellement menée ? Une politique donnant toutes les apparences d’être uniquement vouée à la satisfaction touristique sans prendre en compte le site exceptionnel qu’est Saint-Cirq et encore moins les quelques riverains y habitant encore. Pire, cette politique n’est même pas envisagée en termes de préservation patrimoniale, d’économie pérenne, ou de développement durable ! Il me sera rétorqué que l’actuelle équipe municipale fait au contraire preuve d’initiatives positives pour améliorer une situation dramatique due aux carences de leurs prédécesseurs, ceci sans se soucier de la dichotomie qu’ils affichent en se prétendant simultanément porteurs de l’héritage de ceux qui firent Saint-Cirq. Mais que peut-on espérer de personnes dont, aussi électoralement légitimes soient-elles, aucune ne vit dans le village et dont certaines ne résident même pas sur la commune ?

Bien sûr, je comprends l’irritation de notre Sénateur-Maire de ne pas voir se dérouler à la perfection, et selon ses envies, la visite présidentielle dont il fut l’instigateur en ayant convié le chef de l’Etat. Il est forcément désagréable de voir quelques troublions, à peine une quinzaine, tenter d’entacher sa belle organisation, préparée longuement et avec précisions, alors qu’il reçoit le représentant de la Nation et en même temps un ami dont il est le soutien de longue date. Lorsque l’on fait, avec des amis, la « crémaillère » de sa nouvelle « demeure » et que celle-ci est inaugurée par le premier personnage du pays, l’on souhaite que tout soit parfait, surtout si l’on espère un appui pour d’autres réalisations futures.

Par contre, je comprends moins si l’invitation, faite au Président de la République par notre Sénateur-Maire, fut privée ou officielle. Si elle fut privée, elle pouvait se dérouler sans médiatisation excessive dans un lieu saint-cirquois réservé à cet effet, nous en avons déjà eu plusieurs fois l’expérience avec un autre François qui n’était pas moins significatif. Si elle fut officielle, ce qui semble être le cas puisqu’elle apparait sur le site de l’Elysée, je m’interroge sur l’accompagnement en grande pompe du chef de l’Etat en d’autres endroits privés ne dépendant pas de la commune et où sont en jeu des intérêts particuliers… Mais que ne ferait-on pas pour satisfaire des « amis »…

Aussi, que Mesdames et Messieurs du Conseil Municipal, à force de prendre une partie de la population pour des cloches et à se croire suzerains d’un peuple qui lui est souverain, ne s’étonnent pas que les trompettes de la renommée soient un tant soit peu mal embouchées !


Sincèrement citoyen,

Jean-François Vanoy

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